Qu’est-ce qu’une cirrhose ?

La cirrhose est la désorganisation de l’architecture du foie. La transformation du foie sain en foie cirrhotique est due à
des « agresseurs »

Le foie tente de réparer les dommages causés par les « agresseurs ». Ces réparations sont responsables des lésions « de fibrose », cicatrisations du foie. Paradoxalement, l’accumulation de ces réparations entraine l’accumulation des cicatrices et une transformation de l’aspect du foie « en bosses » (visibles en échographie).

Il est important d’avoir un classement des lésions de fibrose. On parle couramment de la lettre F du score Métavir. La lettre F fait référence aux cicatrices du foie causées par l’agression. Elle est classée de F0 à F4.

  • F1, F2 sont des fibroses minimes à modérées,
  • F3 correspond à un stade pré-cirrhotique et,
  • F4 correspond à la cirrhose.

Les malades passent d’un stade à un autre jusqu’à la cirrhose, avec des vitesses différentes.

Foie de cirrhose
surface bosselée

(Photo N.Debzi-K.Boudjema)

En fait un malade peut avoir deux « agresseurs » voire plus, exemple :
le virus C et l’alcool, le virus B et le VIH, l’alcool et l’obésité. L’association de plusieurs causes fait évoluer la maladie du foie
plus rapidement vers la cirrhose, surtout si on est un homme et que l'on consomme fréquemment de l'alcool.

Les hépatites virales sont des maladies à évolution lente, il faut 15 à 20 ans pour développer une cirrhose.
En cas de co-infection le malade peut atteindre le stade de cirrhose en moins de 10 ans.

La Fibrose évolue lentement mais l'association des "agresseurs" accélère la vitesse d'évolution de la fibrose
et dans ce cas, la cirrhose arrive beaucoup plus vite que prévu.

Cirrhose avec cause unique (exemple virus C) : évolution lente
Cirrhose avec causes multiples
(virus C + alcool + obésité + …) : évolution rapide

Quelles sont les causes de la cirrhose ?

Le foie fait face à plusieurs « agresseurs » potentiels.
  • La consommation excessive d’alcool, cause majeure de cirrhose.
    La consommation à risque est évaluée à plus de 30 grammes par jour chez l’homme et plus de 20 grammes par jour chez la femme (10 grammes d’alcool correspondent environ à un verre de vin),
  • Les virus des hépatites B et C :
    les sujets à risque sont les personnes transfusées avant 1992, ayant subi une intervention chirurgicale, dentaire, les personnes qui ont échangé des seringues, les personnes ayant des rapports sexuels non protégés (VHB), traumatiques (VHC), le piercing, le tatouage et l’acupuncture,
  • Le syndrome métabolique :
    les complications hépatiques de l’obésité sont représentées par la stéatose hépatite qui correspond à une accumulation de graisse dans le foie secondairement au diabète.
D’autres causes beaucoup plus rares existent…
  • L’hépatopathie auto-immune :
    nos propres anticorps peuvent induire des cirrhoses de causes immunitaires,
  • Enfin très rarement des maladies génétiques.
    On parle d’hémochromatose génétique.
On estime les porteurs chroniques des virus B et C à :

L’évolution vers la chronicité fait la gravité de ces infections. Le stade ultime est représenté par la cirrhose qui fait le lit du cancer, avec une incidence de 2 à 6% par an.

De plus, la consommation excessive d’alcool, les complications de l’obésité peuvent être responsables de la survenue d’une cirrhose.

Dans un passé récent on considérait cette affection comme irréversible et définitive mais depuis les années 2000, nous savons qu’une cirrhose débutante est réversible, surtout depuis la découverte de médicaments efficaces, notamment pour l’hépatite C.

La greffe hépatique est envisageable à un stade très avancé de cirrhose, même sans signe de cancer.

Il faut savoir que la prévention par la vaccination contre l’hépatite B
est importante et protège d’un cancer. Pour éradiquer l’hépatite B
à travers le monde nous avons la solution : le vaccin !

Le diagnostic précoce de la cirrhose reste un défi et permet de rompre la chaine des complications, grâce au suivi, au dépistage semestriel du cancer par échographie et aux traitements possibles.

Quels sont les signes d’alerte d’une cirrhose ?

La cirrhose est une maladie qui reste ou qui peut rester sans symptômes et cela constitue
le premier frein à son dépistage. Il existe deux étapes chronologiques dans la cirrhose :

01. L’une qu’on appelle cirrhose compensée où la fonction du foie est encore conservée. «L’usine» est fonctionnelle mais elle nécessite de l’entretien. A cette étape, la maladie peut sembler silencieuse mais le malade peut souffrir de fatigue, problèmes digestifs et d’une mauvaise qualité de sommeil. C’est à cette étape qu’il faut la prendre en charge.

Le plus souvent découverte fortuite :
  • Devant une consommation excessive et prolongée d’alcool.
  • Au cours d’un dépistage des hépatites à virus B et C.
  • Devant une fatigue inexpliquée (pouvant révéler une maladie du foie).
  • Lors d’une enquête familiale d’une cirrhose d’origine génétique.

02. L’autre que l’on appelle cirrhose décompensée où la fonction du foie est altérée. «L’usine» n’est plus performante avec une augmentation du volume du foie.

Le stade décompensé se caractérise
par des complications comme :
  • L’ascite qui est une accumulation de liquides (eau et sel)
    dans l’abdomen.
  • L'œdème des jambes.
  • Les hémorragies digestives en rapport avec une rupture
    de varices oesophagiennes (gorge) ou gastriques (estomac).
  • Des troubles neurologiques liés à l’insuffisance de la fonction
    du foie qu’on appelle encéphalopathie hépatique.

Dans cette situation, le malade peut présenter des troubles du sommeil, de l’attention, de la mémoire rendant la conduite automobile dangereuse voire de l’agitation, parfois un coma.

Comment traiter
la cirrhose ?

Le traitement s’adresse d’abord à la cause et surtout à un stade de la maladie pas trop avancée.

Dans la cirrhose alcoolique, le simple arrêt de la consommation d’alcool peut stabiliser et parfois faire régresser les lésions si l’arrêt a été obtenu au début de la cirrhose.

Dans l’hépatite B, les traitements actuels n’éliminent pas le virus, mais le rendent indétectable, ainsi ils suppriment la multiplication virale. Ils ont démontré leur efficacité dans l’amélioration de l’état de cirrhose avec un moindre recours à la greffe.

En cas d’hépatite C, le traitement est simplifié aujourd’hui par la prise d’antiviraux. Les résultats montrent une éradication du virus de l’hépatite C dans plus de 90% des cas avec une régression des complications et dans 30% une régression de la cirrhose chez les fibrotiques.

Pour les maladies génétiques, des médicaments spécifiques vont éliminer le cuivre en excès. Les saignées dans l’hémochromatose génétique vont soustraire le fer en excès.

Pour les causes immunitaires, les traitements immunosuppresseurs stoppent l’activité de la maladie.

Au stade de cirrhose décompensée, compliquée et en attente de greffe quand celui-ci est indiqué, le traitement sera fonction de la complication.
  • En cas d’ascite, un régime pauvre en sel associé aux diurétiques va éliminer les liquides (eau et sel) retenus.
  • En cas de saignement digestif secondaire à des varices oesophagiennes (gorge), on procédera à la mise en place d’élastiques par voie aérienne (par la bouche) associée à un traitement βêta-bloquant afin de diminuer une éventuelle récidive.
  • Dans l’encéphalopathie hépatique, on recherchera une cause favorisante comme une hémorragie digestive ou un traitement diurétique mal conduit.
La greffe hépatique est le traitement de choix.
Quand « l’usine » est à l’arrêt, il en faut une nouvelle.
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